Positionnement et Statistiques Gratuites

UNE PETITE TRANCHE D'HISTOIRE

Votez pour ce site au Weborama

 

http://www.lulu.com/content/778615

 

 

LE TEMPS DES COPAINS

VRIGNE AUX BOIS 

 

 

Ce livre illustre un petit morceau de la vie quotidienne de ce village ardennais à travers les aventures de gamin, adolescents et jeunes gens.

Il n’y avait pas la télévision, ni l’eau courante, ni le tout à l’égout, mais il y avait deux cinémas !

 

C’est en 2003 que j’ai écrit cette tranche de vie.

C’est en 2003 que j’ai écrit cette tranche de vie.

Quelques mois auparavant, j’avais proposé à Brigitte, mon épouse, de faire une étape sur le lieu de mon enfance, ce qu’elle accepta sans réelle conviction.

Lyonnaise depuis pratiquement sa naissance, citadine endurcie, ce berceau rural offrait peu d’intérêt hormis la curiosité de découvrir un environnement, une ambiance et peut être une culture à l’origine de ma personnalité ou même de mon caractère !

Arrivée sur place, stimulée par cette véritable enquête, elle me proposa de prolonger notre séjour.

Nous avons parcouru les annuaires téléphoniques, questionnés les commerçants et parcouru les rues, les bois et les écoles.

Au grès des rencontres, l’accueil, l’hospitalité et la sympathie des gens l’ont rapidement séduite. L’étrangère était reconnue comme un morceau de moi.

C’est elle qui m’a suggéré de retracer mes souvenirs dans un livre.

Elle notait tout, voulait voir tout le monde, n’oublier personne et elle s’engageait pour moi : « nous vous enverrons un journal illustré, il sait bien faire »

Et voila, je n’avais pas le choix.

Dès notre retour, je m’attachai à cet ouvrage et me fixai un objectif : faire vite, bien et l’envoyer rapidement à tous ceux que nous avons rencontré.

Maryvonne, Marino, Philippe, Michel et Oswaldo ayant apprécié cette évocation d’un autre temps à Vrigne-aux-bois, je les ai envoyés à Joël, Caroline, Alain et Régis.

C’est bien plus tard que j’ai retrouvé Picolo au téléphone.

Grisé par ce flash back, je me décidai à écrire ce livre. Ce projet me sembla un peu ambitieux, mais au fil des jours l’entreprise m’enthousiasma au plus haut point. Je m’attelai à cette tâche et plus j’avançais, plus les souvenirs revenaient. Le secours de ma mère pour les noms des gens de l’époque en devenait même accessoire. En revanche, c’est Marino qui m’a envoyé la photo entièrement renseignée du CE2 . Le film se déroulait, toujours plus précis, tout revenait dans l’ordre, je transcrivais au fur et à mesure.

Si j’avais du le faire sans l’informatique, je pense que l’exercice aurait été bien plus périlleux.

Aujourd’hui, les motards nous appellent « BONZAI et DUCK, je n’ai pas changé et suis toujours en avance d’une demi-heure, j’ai eu bien d’autres fractures, je suis toujours motard, j’ai rencontré JOHNNY et je rêve encore de me retirer sur une île déserte pour y survivre sans moto, sans ordinateur, mais avec Brigitte.

 

C’était en 1967, l’année des yéyés, Salut les copains et Chouchou, la télé en noir et blanc, Elvis et les blousons noirs. A chaque concert, tout était cassé.

Johnny allumait déjà le feu. James Dean et Marilyne étaient des mythes, Brigitte Bardot la star française et la course à l’espace se jouait entre les Russes et les Américains.

 

Une petite bande d’adolescents en plein conflit de génération s’était constituée à la maternelle pour se séparer 16 ans plus tard après quelques bringues en discothèque. C’était la guerre du Vietnam et nous portions des pattes d’éléphant.

Au risque de passer pour un vieux con et même s’il n’y a pas d’époque mieux que les autres, je dirai que c’était le bon temps et vous allez comprendre pourquoi.

 

Entre 3 et 6 ans, nous habitions « chez Golnich »en face de la poste, il fallait franchir un porche pour arriver dans la cour de l’usine et tout de suite à droite, l’entrée donnait sur cet endroit où j’ai passé mes premières années. C’est dans l’appartement en vis-à-vis que s’installera beaucoup plus tard Picolo. Ma sœur et moi passions beaucoup de temps dans cette grande cour. Elle était de 2 ans ma cadette et à cet âge, cette différence est énorme. J’avais donc un avantage qui me permettait de la berner et c’est pour cette raison que lorsque j’ai compris le mécanisme qui permettait de faire des bulles dans un récipient, j’ai pu le mettre en application dans un fût métallique rempli d’eau croupie avec un tuyau de cuivre. Elle trouvait ça magique ! Je faisais des bulles avec ma bouche. Lorsqu’elle me demanda de lui expliquer, je fus tout content de pouvoir berner la seule personne qui n’était pas plus grande que moi. Je lui expliquai donc qu’il fallait aspirer très fort. Elle y mis toute sa force, si bien qu’elle se mit à tousser, pleurer et crier de toutes ses forces. J’étais terrorisé. Il fallait vite prévenir ma mère et je risquais une bonne fessée ! Je déclarai donc qu’elle avait mal compris mes explications et ce fut elle qui se fit sermonner.

Les toilettes étaient dans la cour et ne disposaient pas de lumière. A l’intérieur de l’immense porte était installé un verrou que nous n’avions pas le droit d’utiliser.

Un soir d’hiver, de bonne heure mais déjà à la nuit tombée, j’étais installé tout au fond de cette guérite inhospitalière lorsque la porte s’ouvrit brutalement.

C’était Monsieur BERTON, notre voisin qui bien entendu ne me voyait pas, alors que je le distinguais en ombre chinoise, je le trouvais immense. J’étais stupéfait et muet. Il était tout simplement venu satisfaire sa vessie. Quelle capacité ! Je pensais que ça ne s’arrêterait jamais et avais toutes les peines du monde à éviter ce jet. De retour à la maison, ma mésaventure déclenchât un fou rire qui se renouvelât le lendemain lorsque mon père racontât l’histoire au responsable de cet incident.

Cet homme était un peu magicien pour moi. C’est lui qui nous arrachait nos dents de lait quand elles commençaient à bouger. Son seul équipement était un fil et un ton rassurant. C’était un véritable expert.

 

LA MATERNELLE 

-------

 

L’école maternelle n’était pas loin de la maison. Je me souviens de cette cour ombragée par de gros platanes laissant un tapis de feuilles dès l’automne dans lequel nous donnions des coups de pieds avec un réel plaisir.

C’est ici que Marino ROTA, Philippe MARTIN et Michel PETRE gambadaient dans leur barboteuse et s’écorchaient les genoux sur le sol dur du préau.

Pour la première fois je franchissais les frontières du cocon familial et découvrais les premiers défis de la vie, la collectivité, la rivalité, les amourettes de bambin et les petits copains. Pascale TILLON était l’élue de mon cœur et Marino mon premier copain.

C’est d’ailleurs lui qui provoqua ma première frustation. C’était la première année, nous avions deux ans et demi. Madame FEUCHERE nous passait des diapositives et elle lui expliqua comment les passer. Pourquoi l’avait elle choisi et pas moi ? J’avais découvert la jalousie, ce sentiment qui aujourd’hui me semble appartenir au monde adulte.

Gérard, le fils de notre voisin, notre dentiste d’occasion, avait bien six ans de plus que moi. Lui aussi m’impressionnait. Il jonglait avec un manche à ballais, défiant l’équilibre. Il tenait l’objet debout sur la paume de sa main. J’étais époustouflé. Devant mon admiration, il allait toujours plus loin et tentait de faire la même chose sur le bout de son pied, lançait le manche et le récupérait sur sa paume. Quelle habileté, quelle aisance !

Quelques jours plus tard, seul dans notre grande cour, je me mis à la recherche d’un manche à ma mesure. J’avais envie de faire comme lui. Je trouvai finalement un morceau de bois taillé en pointe, et je parvenais à le tenir en équilibre ! Je réussissais cette prouesse ! Pas longtemps certes, mais quand même pour un petit bonhomme comme moi !

Alors, je fis preuve d’audace, serai-je capable de le faire sur mon pied ? Je fis plusieurs tentatives pas vraiment réussies. Après plusieurs essais, je lançai cet instrument pointu qui vint se planter dans ma joue. C’est étonnant, je ne sentais pas du tout la douleur ! Il était si bien planté que j’ai du l’arracher, à rentrer, monter sur une chaise et me regarder dans le miroir. Quand je vis le sang, je me suis mis à hurler et c’est dans cette position que ma mère me découvrit. Je me croyais défiguré, j’avais tellement honte de mon visage marqué disgracieusement, que je fis une véritable crise pour ne pas aller à l’école ; je n’avais pas envie que mes camarades se moquent de moi !

Eh oui, jalousie, fierté, admiration ou honte existent bien dès le plus jeune âge !

A ma troisième année de maternelle, je savais, comme deux ou trois autres camarades, lire et écrire. J’écrivais de la main gauche et dans le sens inverse. Le plus difficile n’a pas été de me faire changer de main, mais plutôt d’écrire de gauche à droite.

 

1956- Entre 6 et 11 ans, nous allons habiter rue de l’eau (rue Gambetta)  où comme son nom l’indiquait étaient installées deux pompes pour ravitailler les habitations en seaux d’eau. Il n’y avait pas d’eau courante, c’était le boulot des mômes de ravitailler et nous y prenions un vrai plaisir, surtout l’été où les batailles d’eau se déclenchaient une fois sur deux. Ce qui était pénible en dehors du transport de ce fardeau, c’était de tenir l’ouverture en tenant levé ce gros bouton en cuivre. Mon père nous a ensuite fabriqué un bloqueur fait dans un morceau de métal courbé en fer à cheval, ainsi le seau se remplissait tout seul.

C’est dans cette maison qu’un soir d’orage, j’ai vu la foudre traverser la maison. Il y avait de l’eau dans la maison et mes parents tentaient de vider au fur et à mesure avec des seaux. C’était impressionnant de les voir patauger ainsi et je me demandais si nous n’allions pas être inondés. La porte côté rue était grande ouverte et lorsque celle du jardin le fut à son tour, une boule de feu s’est engouffré et a traversé les deux pièces en passant entre les jambes de mon père.

Après l’école, nous jouions sur le pas de la porte avec des soldats en plastique ou aux billes avec Jean Marie SOULET et les NOEL. Les cartes japonaises n’existaient pas, les plus argentés collectionnaient les cartes à l’effigie des joueurs de foot. L’équipe de Sedan était au sommet de sa gloire, bien plus célèbre que les grands clubs argentés d’aujourd’hui. Nous passions parfois un moment dans le grenier. Une lucarne nous permettait de tirer à la sarbacane dans les vitres de Juliette. C’est mon père qui nous avait appris à manier ce tube en cuivre, à fabriquer des projectiles en mastic et à viser juste. Les fenêtres de Juliette avaient un carreau sur deux, s’il n’y avait pas de bruit c’est que le projectile était passé où il n’y en avait pas. En cas de réussite, les NOEL se faisaient engueuler.

Si nous entendions le cloche du garde-champêtre, nous sortions en courant pour écouter ce qu’il annonçait. Il avait un vélo équipé d’une grosse cloche et d’un petit marteau qu’il maniait avec vigueur.

« Avis… après la réunions du conseil municipal, il a été décidé que… »

« Les garçons nés en … sont invités à se faire recenser… »

« Samedi à 21 h sera donné un grand bal à la sale des fêtes… »

 

Nous écoutions avec beaucoup de plaisir ce que nous bassinait « le père MAGOT » et nous empressions de le rapporter à nos parents, fiers de servir à quelque chose.

Quelle révolution, lorsque la commune équipa son vélo d’un porte-voix !

Les samedi, je prenais un réel plaisir à nettoyer la rigole. Un balai-brosse, de l’huile de coude et de la bonne humeur suffisaient pour que je me prenne pour un grand. J’avais l’impression que nous avions la plus propre de la rue.

De temps en temps, les anciens s’installaient devant chez eux avec un grilloir à café. L’odeur du café grillé est certainement le meilleur souvenir de mon enfance. Toute la rue était embaumée.

Je m’installais parfois à la fenêtre de la cuisine qui donnait sur la rue et parcourait un livre de poche « sans images » en surveillant du coin de l’œil si une copine passait. Je prenais alors un air très inspiré, pensant qu’elle me prendrait peut être pour un sérieux petit garçon.

Avec deux épaves de voitures, mon oncle Claude avait reconstitué une vraie automobile. Cette Aronde vert jade faisait la fierté de mon père et a changé notre vie quotidienne. Ma sœur et moi étions trop grands pour être transportés sur les portes bagages des vélos, avec ce nouveau véhicule, nous allions passer des dimanche en dehors du village. Elle était belle cette Aronde immatriculée 27 AB 08. Certains dimanche, nous partions à Rethelchez l’oncle Claude puis chez Jean. Chez ces deux frères de mon père, nous passions des journées avec nos cousins  et quelque fois chez la grand-mère Célina. Pendant que les adultes refaisaient le monde, nous parcourions la carrière de craie située à deux pas. Lorsque la famille était réunie, nous allions rendre visite aux arrières grands parents à Mesmont. Dans ce petit village, aucune voiture ne venait gêner nos élucubrations, c’était la grande aventure. C’est d’ailleurs ici que j’ai appris à faire du vélo dans la descente de l’église. Mon cousin Bernard m’avait installé sur sa bicyclette en me mettant en garde sur l’usage du frein avant. Puis il m’a lancé sur cette descente et la vitesse aidant, ne sachant plus où était le frein avant, j’ai dévalé cette pente à toute vitesse pour finalement m’arrêter en douceur à au moins deux cents mètres du point de départ.

A l’heure du repas, tout le monde était rassemblé autour de la grande table. Les cousins se couchaient et nous nous retrouvions seuls à dormir à table en attendant que les discussions se terminent.

Les retours étaient laborieux. Au départ de Vrigne, mon père mettait 1000 F d’essence, de quoi faire exactement l’aller et retour. Une fois sur deux, nous tombions en panne en pleine nuit. Mon père partait alors en autostop à la recherche d’une pompe à essence, il me semble même qu’il est revenu une fois sur le porte-bagages d’une mobylette. Quand il parvenait à gérer la jauge et que nous arrivions jusqu’à la station, c’était aussi épique. Il klaxonnait jusqu’à ce que le pompiste sorte de son lit, ouvre sa fenêtre et descende pour mettre ses machines en route et nous serve 5 litres d’essence.

Ces soucis d’économie nous permettaient de passer des après midi en Belgique. Encore une fois, mes parents joignaient l’utile à l’agréable. La promenade sur les bords de la Semoie était amortie par le prix de l’essence, des cigarettes et du chocolat. Nous avions parfois droit à une glace.

A la fin de l’été, la cueillette des mûres et des noisettes était le prétexte à des ballades en forêt. Nous délaissions le bois de La Roche pour celui du soquis, bien moins fréquenté. C’était à celui qui avait le sac le plus plein. Ma mère faisait ensuite des confitures de mûres et de framboises.

Les champignons, c’était un peu plus tard et mon père était un spécialiste. Ses coins ne devaient être révélés à personne, « secret ! » Le moins agréable, c’est que le réveil sonnait à 6 h, il fallait en effet être les premiers pour éviter d’être vus par ces espions qui convoitaient nos coins fertiles.

Nous mangions alors des omelettes aux girolles ou des viandes mijotées aux rosées des prés.

 

L’ECOLE PRIMAIRE

-------

 

1957  La « grande école » comme on disait. L’aventure !

L’école des garçons était en haut du village, entre l’église et la mairie, celle des filles au centre du village.

Tous les gamins se retrouvaient sur la route et gravissaient joyeusement « la grande rue »(rue de la Republique) 

J’avais un cartable en cuir qui avait déjà servi au transport d’autres livres, sur d’autres épaules. Je l’ai traîné pendant des années et il a continué à être malmené par un cousin. La route n’était pas très longue, mais il fallait bien un quart d’heure pour s’y rendre et nous ne voyions pas le temps passer.

Jean Marie KOSTEK, Jean Pierre BOULET, Michel LAGUERRE, Jean Pierre DELSAIRE et Bachir devinrent d’autres camarades, j’avais encore plus de copains.

Nous remplissions nos cahiers à carreaux d’écriture déliée avec beaucoup de soin. A cette époque, j’avais plutôt l’impression de dessiner, tant le mouvement du poignet devait être léger et précis. Il faut dire que l’exercice était bien plus délicat pour le gaucher que je suis. En effet, la plume avait plus de chance de transpercer le papier et d’éclabousser la feuille d’encre violette. La main devait également éviter de frotter la ligne d’écriture toute fraîche. Le droitier tirait la plume alors que le gaucher la poussait.

Le pire qui pouvait arriver était le renversement de ce satané encrier fixé dans un logement de la table.

Dans la grande cour glacée en hiver et brûlante en été, j’avais remarqué un inconnu d’une classe supérieure qui deviendra plus tard un de mes meilleurs amis.

Joël BOUSSARD était plutôt solitaire. Il ne fallait pas l’emmerder le Jo ! Il m’avait impressionné lorsque harcelé par quelques petits caïds qui se moquaient de lui, il avaient sévèrement corrigés les plus audacieux. Ces derniers ironisaient sur son moyen de transport : sa mère les transportaient dans une remorque bâchée, attelée à son vélo. C’était pourtant original, et j’imagine qu’il devait être bien installé dans ce véhicule insolite. Je ne lui ai jamais demandé si après ces railleries il appréciait toujours autant cette manière d’arriver à l’école.

Le recoin où se situait le préau était en quelque sorte un deuxième territoire. Elle échappait à la surveillance et nous était donc interdite. Les plus téméraires bravaient le danger et se faisaient rappeler à l’ordre.

Nous croisions Régis FACCHINI, d’un an notre cadet sans vraiment le voir. La différence était énorme à l’époque. Et puis il y avait COSSARDEAU, HERBULOT, BROCHARD, EVRARD… Jean Marie le basketteur, était premier de la classe, je le talonnais mais n’ai jamais réussi à lui prendre sa place.

La grande cour était goudronnée, nous pouvions y tracer nos terrains de billes à la craie. Ces jeux nous donnaient l’occasion de nous initier au commerce. Les bons joueurs revendaient leur gain, Bachir était un expert, il traînait dans son cartable des bocaux pleins de billes multicolore, en terre, en verre, de toutes les tailles. Les billes de roulement en acier que me ramenait mon père en valaient au moins dix.

J’arrivais toujours une demi heure avant l’ouverture de la grille et je m’entraînais sur le pas de la porte de Michel qui habitait juste en face de l’église.

A 16 heure 30, nous prenions notre goûter, pendant la dernière récré. Nous avions tous le même, du pain et de la confiture et une pomme. A l’époque, il n’était pas rare de trouver un asticot dans le fruit, ça en faisait partie. Comme on m’avait convaincu de cette logique, je faisais des paris avec mes camarades. Je mangeais ce truc qui se tortillait le plus naturellement du monde. Je ne comprenais pas que ça puisse les étonner et en profitais pour m’enrichir.

Nous allions ensuite à l’étude jusqu’à 17 h 45 et nous rentrions à la maison, devoirs faits. Nous empruntions alors les petits chemins des fermes sans trop nous presser. Nous poursuivions les poules qui faisaient un tintamarre pas possible avec leur cris et leurs battements d’ailes. Nous éclations de rire quand la fermière nous menaçait avec son bâton. « Attendez qu’je vous attrape p’tits voyous ! »  

Les jeudi étaient sacrés. L’aventure se conjuguait avec arcs et lances pierre. Il nous fallait bien ça pour affronter « la bande des monts » Je me demande si Marino n’en faisait pas partie ?

Nous étions les rois du bricolage. Le bois de la Roche était notre territoire. Nous cherchions de bons noisetiers capables de nous fournir la matière nécessaire à la fabrication de nos armes. Les ramifications étaient coupées, épluchées et garnies de caoutchouc sur le manche pour devenir la fourche du lance pierre. Ces rondelles de caoutchouc étaient coupées dans des chambres à air de vélo. Les arcs se faisaient dans une branche pas trop grosse pour une bonne flexibilité, mais suffisamment pour ne pas casser. Les flèches étaient taillées dans les branches fines et parfaitement droites. Elles étaient fendues à l’arrière pour loger la corde et lestée à l’avant de fil de fer.

Avec le temps et l’expérience, la corde fut remplacée par du câble de frein permettant ainsi une meilleure durée de vie.

C’est un peu plus tard que nous avons inventé notre redoutable fronde. Les deux caoutchoucs de bocaux de confiture étaient fixés sur la fourche avec les rondelles qui garnissaient le manche, nous avions ainsi de la rechange en cas de rupture. Le cuir était taillé dans un vieux cartable. Un jour, la matière première vint à manquer. Il ne restait de ce cartable que la poignée et les sangles. Après avoir fouillé le grenier de fond en comble, j’entrepris de fouiller le cagibi. Cet endroit était destiné aux vêtements de mes parents et m’était de ce fait totalement inconnu. C’était un peu un lieu sacré et interdit. J’osai malgré tout pénétrer cet endroit privé et secret et oh surprise ! Une superbe ceinture en cuir pendait à un clou. Cet objet devait être un cadeau de ma mère, fruit de longues économies. Elle devait faire la fierté de mon père. Armé d’une lame de rasoir récupérée dans la salle de bain je commençai à découper le précieux morceau qui allaient certainement épater les copains.

Cette fois, j’aurais sinon la meilleure, au moins la plus belle fronde de la bande. Il fallait maintenant régler, affiner et décorer cette arme.

Les entraînement se faisaient sur des boites de conserve. Nous étions si bons tireurs que nous nous permettions de n’atteindre que les jambes de nos adversaires. Ils étaient aussi bons que nous. Avec cette arme redoutable, nous n’avons jamais déploré d’accident. En revanche, l’arc était moins précis et bien plus dangereux, je me souviens d’un camarade blessé à l’arcade sourcilière. Il aurait pu perdre un œil !

Si nous ne faisions pas la guerre, nous parcourions notre territoire à la recherche de fourmilières que nous tentions de détruire sans jamais y parvenir. Nous fabriquions des cabanes avec des systèmes d’alerte, des pièges et des postes de surveillance. Il n’était pas rare de retrouver notre camp rasé par « la bande des monts » Nous repartions alors déclencher une guerre aux infidèles.

De retour à la maison, mon père m’attendait avec ce qui restait de son unique ornement qui eut ce soir là d’autres fonctions que tenir un pantalon. C’était comme ça que nous apprenions à vivre à l’époque. C’était d’ailleurs beaucoup plus terrorisant que douloureux.

 

Parallèlement à ces loisirs « Robins des bois » il m’arrivait de ma laisser entraîner par Michel pour la chasse aux serpents. Il fallait voir ses outils, ses ruses et sa patience. Tous nos enseignants et camarades connaissaient les activités de Michel, certains l’appelaient Tarzan. Il passait ses jeudi au Premier fond dans les arbres et les lianes.

On le voyait quelquefois avec une grande brûlure sur la cuisse ou avec un petit reptile dans la poche.

Je l’ai accompagné une fois à sa chasse aux serpents. Il avait beaucoup d’imagination pour les pièges. Il s’équipait de bâtons auxquels il fixait des tasses en porcelaine d’isolation électrique ou des fourches. Si le reptile était venimeux, c’était la massue, sinon, il le fallait vivant et c’était la fourche. Alors le lendemain, nous exposions nos captures à tous les copains.

 

Dans le bois de la Roche, des obus, vestiges de la dernière guerre, ressortaient du sol régulièrement.

Il y avait toujours un gamin, qui, croyant récupérer une prime à la mairie, déterrait complètement le redoutable engin pour le signaler. Tout se savait rapidement et nous courrions voir cette chose, complètement inconscient du danger ! Inconscient ou téméraire, plus courageux que cupide, BORCA trimbala même un de ces mortels colis à travers tout le village pour le déposer à la mairie.

 

Les bois qui nous entouraient et les serpents de Vrigne n’étaient pas ma seule préoccupation. Mes participations aux activités des scouts m’emmenaient vers d’autres horizons, d’autres forêts et m’apprenaient à me débrouiller d’avantage. FRAINCART, MESSIFET, AUBERGER, GRANDJEAN et l’athlétique colosse faisaient partie de cette autre petite bande. J’en ai appris des choses, je me demande d’ailleurs si ma vocation pour le métier des armes ne vient pas de là. J’ai du commencer à 10 ans ! Nous étions fiers de nous balader en kaki avec un poignard ou une hachette au ceinturon. Les chefs de patrouille arboraient fièrement leur fanion et criaient leur devise : « Eperviers toujours plus ? » la patrouille répondait d’uns seule voix : - « RAPIDE ! » ou : « Aigles toujours plus ? » : - « HAUT ! » Et nous partions à toutes nos activités de construction en bois, de lavage de voitures ou marches avec bivouac dans la foret d’un autre canton. Le curé mettait à notre disposition des locaux et une cuisine. Qu’est ce que nous lui en avons fait voir à ce pauvre curé GOUVERNEUR !

 

Nous étions facilement la moitié à y passer nos jeudi. Pendant que certains construisaient des maquettes de nos futures réalisations, d’autres jouaient au Monopoly, fabriqué par nos soins. Parfois, nous faisions des crêpes !

Nous avons participé à un rassemblement national dans les Vosges, un jamboree. Pendant 15 jours, nous avions des activités qui allaient du judo à la guitare en passant par la construction de bancs pour les promeneurs. Chaque patrouille se mesurait aux autres. Une des épreuves regroupait agilité, force et tactique. La course de charsLe plus léger était installé sur un triangle fabriqué avec des rondins, le tout tracté par les quatre plus grands. Du vrai Ben Uhr !

A cette époque, le clergé était, très présent. Quelques bonnes sœurs vivaient dans une maison et se vouaient à la prière, au service des vieux et à la tâche d’infirmière.

L’école privée disposait de salles de classe, du parc du château et d’un cinéma. Pour une somme dérisoire, nous pouvions voir des films ou du théâtre et une fois par an, « la kermesse du curé » rassemblait tout le village.

La faune qui gravitait autour de ces activités était constituée d’un véritable fief qui se prenait très au sérieux.

Les petites pièces de théâtre étaient jouées par des acteurs locaux qui étaient à la fois vendeurs de confiseries à l’entracte et ouvreuses dans la salle.

Nous avions finalement deux cinémas dans ce village !

Nous avions des vêtements du dimanche. Il fallait bien imiter les riches ce jour sacré. Ce déguisement était porté pour la messe ou les visites chez les cousins DAUBY ou nous mangions la brioche. Mon oncle et ma tante étaient riches. Ils avaient la télé ! Marcel AMON chantait « le bateau blanc » les compagnons de la chanson « les trois cloches » et en juillet, le tour de France mobilisait toute la famille. Le plus fanatique, c’était Gérard. Il était fort mon cousin. Il participait à des courses cyclistes et ne ratait jamais le tour du soquis. Il a même été sélectionné pour le « tour de France » mais n’y a pas participé.

 

L’année de ma communion solennelle, ma mère avait fabriqué avec sa machine à coudre une superbe robe pour ma sœur. Pour la première fois de ma vie, nous avions mangé tous les quatre au restaurant. J’imagine que le sacrifice pour financer le cadeau traditionnel et ce repas devait être important et j’en mesurais l’ampleur. C’est à cette occasion que les gamins avaient leur première montre. Quelle fierté d’arborer ce symbole au poignet qui identifiait grossièrement l’âge de son propriétaire. C’était en quelque sorte la première promotion qui sanctionnait le degré de maturité.

Nous attendions ensuite avec impatience de passer à la tranche d’age supérieure. Chaque période de cette ascension s’ornait d’un emblème : à 12 ans, la communion et la montre, 14 ans le certificat d’étude et le vélo, 15 ans le BEPC et l’argent de poche ou la mobylette.

L’apogée, le bâton de maréchal, la transition finale de l’insouciance à la responsabilité d’adulte se déroulait selon une grande tradition.

Les recensés pour le service militaire se réunissaient, arborant une cocarde tricolore autour du bras. Les « conscrits » les « bons à marier » défilaient dans les rues, faisant l’admiration des plus jeunes. Les anciens étaient fiers de pouvoir offrir un verre d’alcool à la relève. Ils devaient faire leurs preuves et les lendemains étaient mémorables pour ceux qui avaient pris leur première cuite. Chaque année, nous espérions avoir un cousin ou un voisin pour défiler à leur côté. Ils allaient de porte en porte avec une tirelire collecter de quoi préparer leur futur service militaire.

D’autres fêtes provoquaient notre excitation. Le 14 juillet, jour de la fête nationale, était forcement la plus populaire.

Les enfants, accompagnés de leurs parents, défilaient la veille au soir derrière la clique (la fanfare) avec un lampion pour la retraite aux flambeaux. De temps en temps, une lanterne s’enflammait ou un pétard explosait entre les jambes des filles. Ce rassemblement aboutissait sur la place du Goulet et le traditionnel bal populaire permettait à tous de s’exprimer.

Le lendemain, des jeux étaient organisés et les vainqueurs des épreuves remportaient des petits lots.

Nous courrions avec un œuf posé sur une cuillère à soupe, le tout maintenu entre les dents, nous faisions des courses de sac en toile., nous pouvions également chercher des surprises dissimulée dans de la sciure de bois. Nos olympiades rurales alimentaient les discussions des soirs à venir, nous avions nos champions ! 

J’ai beau réfléchir, ni dans la rue, ni dans la cour de l’école, ni chez les scouts, je n’ai vu ces gamins obèses que nous voyons aujourd’hui ! Le terme « surcharge pondérale » n’existait même pas !

La deuxième fête la plus appréciée se déroulait le mardi gras. L’esprit était sensiblement identique, mais la fin était plus spectaculaire. Après avoir été exposé dans les rues, le mannequin de paille était déposé sur un bûcher et brûlait sous les applaudissements des spectateurs. Je n’ai jamais bien compris la signification de cette cérémonie.

Le 11 novembre était un rassemblement qui glorifiait nos anciens et honoraient nos disparus. Les écoles étaient emmenées en ordre devant la mairie et assistaient à l’énumération de ceux qui étaient morts pour la patrie. Chaque nom était suivi de la formule : « mort pour la France ! » La liste était interminable. Le roulement de tambour qui précédait la sonnerie aux morts nous impressionnait, la minute de silence encore plus. Comment pouvait il y avoir tant de morts dans notre village ?

L’émotion de quelques rescapés se trahissait par une larme qu’ils ne pouvaient retenir et qui coulait lentement sur leur joue marquée par le temps et la souffrance.

 

Chaque hiver, il fallait rentrer le bois. Les troncs étaient débités en bûches que nous rangions soigneusement le long du mur. Nos parents n’avaient pas besoin de faire du sport, ils sciaient, triaient et chargeaient ce combustible bon marché, aidés par les copains. Le dimanche suivant, ils faisaient la même chose chez les autres. Ils fendaient les bûches à la hache et préparaient le petit bois à la serpe.

Le livreur de charbon sillonnait les rues avec sa carriole tirée par un cheval. Le crotin était très convoité pour les potagers. Le meilleur engrais !

La deuxième carriole à cheval livrait pendant cette période d’approche de l’hiver, les pommes de terre qui se vendaient en sac de 50 kilos.

Le corbillard était tracté par deux beaux percherons. Je crois que ces derniers animaux de trait ont pris leur retraite en 1960.

Quand la neige couvrait les champs d’une épaisseur suffisante, nous emmenions nos luges au « chemin de Rumel »

Une belle pâture en pente, avec un tremplin en plein milieu, servait de piste olympique. Il fallait d’abord tirer notre traîneau jusqu’en haut et attendre un regroupement.

Nous nous lancions ensuite sur cette piste en espérant arriver le plus loin possible. Il y avait alors plus de distance pour remonter l’attirail jalousé par les moins bons. A la fin de la journée, les 2 kilomètres avalés, nous rejoignions la maison et passions quelque temps près de la cuisinière pour nous réchauffer, et ma mère me servait un grand bol de café au lait dans lequel je trempais mes tartines de confiture des fruits sauvages que nous avions cueillis 3 mois auparavant. C’était un vrai bonheur, la modeste pièce principale me semblait cossue et douillette et ma mère écoutait attentivement mes aventures.

Nos luges étaient souvent fabriquées par le chef de famille et nous étions très fiers d’exhiber ces trésors d’ingéniosité. Avec quelques tubes soudés, des planches vissées et quelques rafistolages, nous détenions des prototypes que nous lancions sur les pentes du champ de DENEUX.

Mon père était vraiment doué. Je crois bien être le seul à n’avoir jamais explosé ma luge ! Ce virtuose du bricolage me permettait de me distinguer dans nos épreuves de vitesse.

Si l’hiver était rude, l’étang nous servait de patinoire. Nous savions d’instinct si la couche de glace était suffisante pour nous supporter. Nous n’avions pas de patins à glace, nous nous contentions de chausser les plus vieilles chaussures, celle dont la semelle était en bout d’usure. Nous faisions des concours de la plus longue glissade. Plus les semelles étaient lisses, plus nous allions loin, mais les courses d’élan étaient plus difficiles.

 

Pendant les vacances scolaires, nous allions au patronage, ancêtre de nos centres aérés. Le parc du château, à la disposition de la paroisse, permettait des activités diverses et variées. Nous découvrions la nature grâce à cette forêt parcourue de chemin de terre jaune et cet arbre dressé sur un monticule que nous trouvions gigantesque et que nous nommions « le mont blanc ». Ce haut lieu a certainement subi les ascensions de nombreuses générations après la notre.

Les animateurs nous formaient aux jeux de piste avec énigme à résoudre. Ce parc nous semblait immense, sans limite et nous ignorions qu’il était clos par un mur d’enceinte, ce qui augmentait nos angoisses de se perdre dans l’infini. Nous raisonnions comme les explorateurs tel Christophe Colom et avions peur de franchir une limite inconnue.

Sous les chênes centenaires, nous ramassions des glands encore logés dans leur cupule. Nous enlevions le fruit et arborions fièrement notre pipe ainsi formée que nous comparions aux autres. Avec les boutons d'or, nous savions grâce aux reflets jaunes qui enjolivaient le cou, si nos camarades aimaient le beurre. Nous faisions cela très sérieusement.

L’après midi se terminait à l’orangerie où chacun racontait ses découvertes entre deux bouchées dans le morceau de pain ou la barre de chocolat qui nous étaient servi avant le retour à la maison.

De temps en temps, nous allions en famille à la Claire, un ruisseau peu profond où se rafraîchissaient les promeneurs du dimanche.

Mon père nous donnait de véritables leçons de choses. Avec un bout de ficelle et quelques morceaux de bois, il construisait des moulins à eau qui tournaient entre deux pierres au grès du courant ; il creusait des galeries dans le sol au travers desquelles un caillou disparaissait pour réapparaître à un autre endroit ; je le prenais pour un génie. A proximité de ce ruisseau, un blockhaus, vestige de la ligne Maginot, nous servait de château fort. C’est ici que j’ai découvert les stalactites et les stalagmites. L’eau avait déposé son calcaire pendant trente ans et formé l’équivalent des glaçons pendus aux gouttières. Je trouvais ça magique

Ma curiosité pour la nature, la matière, l’espace et les petits insectes a d’ailleurs été récompensée un Noël. J’ai eu un livre sur le système solaire et un autre sur l’atome. Ils étaient magnifiquement illustrés et j’ai du les parcourir des dizaines de fois. Ma curiosité et mon imaginaire m’amenaient à voir dans l’infiniment petit des équivalences avec l’infiniment grand. J’imaginais sur les orbites des noyaux des micros planètes à l’image de notre terre, peuplées de vie identique à la notre. L’infiniment grand me donnais un peu le vertige. Notre système solaire ne serait il pas un atome de ces galaxies et nos voies lactées une poussière dans un champ gigantesque ? Telles étaient mes interrogations !

Pas loin des abattoirs, un bistrot disposait d’un jeu de quilles très fréquenté par les Vrignois. Nous y passions des après midi à ramasser les boules aux joueurs moyennant quelques pièces de monnaie. Parfois, dans l’heureux délire d’un vainqueur, une limonade nous était servi et nous savourions cet instant à une table, comme les autres clients.

Parmi les tâches quotidiennes, j’étais chargé d’aller chercher les cigarettes de mon père, le paquet valait 115 Francs. Ma mère m’autorisait de temps en temps à dépenser les 5 Francs de monnaie pour acheter un bonbon. Je prenais alors un carambar car la boule de coco en valait 10.

Quand ma tante Valentine me donnait cinq francs, elle me disait : « Tu as assez de cent sous pour un bonbon ? »

Pour un franc, elle disait vingt sous !

La charcuterie CLEDA, le Comptoir Français, l’épicerie de Marie JACQUES, la mercerie FROMENTIN, la quincaillerie ROUILLERE, tous ces commerces étaient un lieu de rencontre et d’échange d’information.

J’avais comme consignes de faire les boulangeries TAILLER, GOURDET et JACQUET à tour de rôle, il fallait en effet ménager les susceptibilités, pas question qu’un commerçant ait l’exclusivité !

C’est un jour de rentrée scolaire, le 15 septembre, que mon frère Jean Michel vit le monde. Il aurait pu choisir un autre jour pour naître ! J’avais 11 ans et je me demandais si cette différence d’âge n’était pas trop importante pour que nous puissions avoir des activités ou loisirs communs. Je craignais également que nos tâches soient plus nombreuses.

Mes parents avaient des corvées bien moins sympathiques. Les toilettes étaient dans une cabane au fond de la cour. Le récipient, que nous appelions « la tinette » se remplissait rapidement. Plus elle était pleine, moins la vidange était fréquente, mais hélas, le transport bien plus périlleux.

C’est dans la Vrigne, à la tombée de la nuit et très discrètement que ces récipients étaient déversés. Le transport de ce colis nauséabond n’était pas honorable, de nombreuses personnes le faisaient pourtant, mais curieusement, personne ne se croisait jamais.

 

J’allais au judo avec Philippe. Ca se passait à Vivier, commune voisine, ou nos mères nous emmenaient à tour de rôle. Sa mère cherchait en effet un camarade pour toutes ses activités. Il lui fallait toujours un copain et il me semble bien que Marino en a fait partie. Dans le domaine sportif, j’ai pu goûter au joies et déboires de la boxe. Je m’y rendais le soir avec PACOT dans une salle pas très loin du « terrain du gaz » ainsi nommé pour ses immenses citernes.

Bien que l’entraînement me plaisait, je redoutais les combats car j’étais le plus petit. Je n’y suis pas resté très longtemps.

Il m’arrivait d’aller chez Philippe le jeudi. Son père avait un salon de coiffure dans la « grand rue  » celle qui me faisait penser à la ville tant elle était fréquentée à cause de tous les magasins. Il faut dire que ça grouillait le dimanche matin. Je me souviens quand le charcutier a installé une rôtissoire devant sa vitrine. Nous regardions les poulets griller en tournant tout seuls sur leur broche. C’était moderne !

Il avait de nombreux jouets et surtout la télévision en couleur. Comme il était passionné de westerns, il utilisait son pistolet à plombs pour tirer sur les indiens. Ses parents aimaient moins !

En fin d’après midi, je prenais le pain chez JACQUET et il n’était pas rare que la patronne m’offre un « schneck » autrement dit un pain aux raisins.

 LA SUITE             ACCUEIL 

 

 

Positionnement et Statistiques Gratuites
Positionnement et Statistiques Gratuites GENEALOGIE FACILE

Créer un site gratuit avec e-monsite.com - Signaler un contenu illicite.